Le désordre familial et les symptômes de l’enfant

Journée de l’Ecole Doctorale : « Pratiques et théories du sens. »
Journée de l’Ecole Doctorale : « Pratiques et théories du sens. »

Co-organisée par Fabienne Hulak et Gérard Miller 

La mise en rapport semble banale : dès lors que la famille va mal, l’enfant s’en ressent. Les parents boivent, les enfants trinquent, dit-on — et le succès de la maxime de s’étendre bien au-delà du discours de prévention de l’alcoolisme. Serait-ce donc à développer un tel lieu commun qu’invite ici le département de Psychanalyse ?

Certes non. De toutes façons, la cellule familiale a-t-elle jamais constitué un modèle de l’« ordre » ? Que l’on ait pu la supposer ou la vouloir telle, est une chose. Qu’elle l’ait été en est une autre, et il n’est après tout qu’à revenir à la clinique la plus élémentaire pour constater que la question de la famille introduit plutôt la dimension de la pathologie que celle de l’ordre. La dimension de toutes les pathologies, même. N’est-ce pas au sein de la famille que se fomentent de façon privilégiée les drames, que s’instruisent avant tout les rivalités, que se perpètrent d’abord les crimes ? Au sein de la famille que s’élabore de manière élective la tragédie du désir, et que se noue pour un sujet la trame de ce qui lui apparaîtra plus tard, et parfois, comme son destin ? Familles, je vous hais … Sachant que cette haine n’est somme toute que le prototype de toutes les passions.

Un tel tableau correspond-il pour autant à celui du désordre ? Il s’agit, dans ce que nous venons d’évoquer, d’un ordre fou, labile, menaçant, pathologique, certes. Mais d’un désordre ? Pour que le terme soit justifié, il faut lui reconnaître une caractéristique supplémentaire : la déstructuration du « noyau pathogène » lui-même. Ce dont notre modernité est  réputée nous offrir le spectacle. Familles monoparentales, homoparentales, recomposées… L’actualité, qu’elle se fonde sur la clinique contemporaine aussi bien que sur le culte de sagas, semble ajouter à la famille, noyau de toutes les pathologies, la famille, paradigme de l’éclatement des repères, emblème de la crise des références.

Ce qui nous conduit à l’autre pan de la mise en rapport, à l’autre temps de la dialectique : les symptômes de l’enfant. Mais symptômes à entendre non tant comme conséquences du désordre, signes des dif- ficultés, troubles nés de l’égarement, que comme réponses, inventions, solutions subjectives. La famille est folle, forcément folle ? Soit. Et, de surcroît, de telle sorte que le sujet ne puisse plus s’y retrouver ? Soit, à nouveau, à condition de préciser qu’il reste encore et toujours à ce dernier un espace de réponse propre, d’invention singulière, que la psychanalyse nous a appris à nommer : symptôme.

À la famille répond en somme le symptôme, le symptôme du sujet, avec une constance digne de la structure. Et au désordre familial répondent les symptômes de l’enfant, ces inventions subjectives baignées encore des traces de sa détresse, et annonçant pourtant déjà l’ad- venue de son mode de réponse ordinaire, sa façon de faire avec le réel —les marques mêmes de sa structure. Reste maintenant, au long de cette Journée doctorale, à dire ce désordre, dire comment il s’inscrit dans l’actualité du malaise de notre culture et procède de celle-ci, et combien, ce faisant, il subvertit et renouvelle la «pathologie de base» dont il se détache ainsi.

 Reste, également, à dire précisément ces symptômes, montrer en quoi ils procèdent de cette actualité, et comment, en se faisant partenaires de ce désordre, ils débordent le cadre de toute « pathologie. »

Et reste, enfin, à nouer les termes de cette dialectique, à montrer comment les uns font réponse aux autres en un écho prolongé — dont la psychanalyse ne peut que se faire l’attentive accompagnatrice.



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Jacques Lacan

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Une réponse à “Le désordre familial et les symptômes de l’enfant

  1. A quand une Journée de la violence faites aux femmes à Paris 8 ?

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